Quand un texte a été vectorisé dans un fichier Illustrator, InDesign ou PDF, les caractères ne sont plus des caractères. Ce sont des tracés, des courbes de Bézier, des formes géométriques muettes. Retrouver la typographie d’origine à partir de ces contours suppose de comprendre ce que la vectorisation a réellement supprimé, et quelles pistes restent exploitables selon le type de fichier.
Ce que la vectorisation supprime dans un fichier graphique
La commande « Vectoriser » (ou « Convertir en tracés ») dans Illustrator ou InDesign remplace chaque caractère par un objet vectoriel. Le fichier ne contient plus aucune référence à une police : ni nom de fonte, ni table OpenType, ni encodage de caractères.
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Concrètement, un « A » vectorisé est identique, du point de vue du logiciel, à un triangle dessiné à la main. L’information textuelle disparaît définitivement du fichier. C’est la raison pour laquelle un simple copier-coller de texte ne fonctionne plus sur un PDF dont les polices ont été converties en contours.
Cette distinction est le point de départ de toute tentative d’identification. Si le texte est encore éditable (curseur actif, sélection de caractères possible), la police figure dans les métadonnées du fichier ou dans les propriétés du calque. La recherche s’arrête là. En revanche, si le texte a été aplati en formes, il faut passer par une analyse visuelle des glyphes.
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Identifier une police vectorisée avec Retype dans Illustrator
Adobe a intégré dans Illustrator une fonction nommée Retype, conçue pour analyser des lettres converties en contours. L’outil examine la forme visible des glyphes (et pas uniquement du texte dans une image) puis propose des correspondances parmi les polices Adobe Fonts ou celles installées localement sur la machine.
Le fonctionnement est direct : on sélectionne les objets vectoriels correspondant aux lettres, on lance Retype, et l’application affiche une liste de suggestions classées par proximité visuelle. C’est la seule méthode intégrée à un logiciel de création qui travaille directement sur des tracés vectoriels, sans passer par une capture d’écran.
Limites concrètes de la reconnaissance
Les résultats doivent être traités comme des hypothèses, y compris lorsque le score de similarité affiché est élevé. Plusieurs facteurs réduisent la fiabilité de la détection :
- Les modifications manuelles après vectorisation (ajustement de chasses, fusion de formes, déplacement de points d’ancrage) altèrent la géométrie originale et faussent la comparaison.
- Les polices personnalisées ou peu diffusées n’apparaissent pas dans les bases de données d’Adobe Fonts. L’outil ne peut proposer que ce qu’il connaît.
- Des familles typographiques visuellement très proches (Helvetica et Arial, Futura et Century Gothic) génèrent des correspondances ambiguës que seul un examen manuel peut départager.
La vérification passe par la comparaison de lettres distinctives : le dessin du « a » minuscule (une ou deux boucles), la forme du « g » (simple ou binoculaire), les terminaisons des jambages, la présence et le style des empattements.
Recherche visuelle à partir d’une image exportée
Quand on ne dispose pas du fichier source (AI, SVG, PDF exploitable), la seule option est de travailler sur une image. On exporte ou on capture le texte vectorisé en PNG ou JPG, puis on soumet cette image à un outil de reconnaissance.
WhatTheFont, développé par MyFonts, interroge une base de plus de 233 000 styles. L’outil utilise l’apprentissage profond et fonctionne même sur des scripts connectés ou des images contenant plusieurs polices. WhatFontIs et Fontspring Matcherator proposent des approches similaires avec des bases de données différentes.
Préparer l’image pour améliorer la détection
La qualité de l’image conditionne la pertinence des résultats. Quelques contraintes techniques à respecter :
- Le texte doit être net, avec un contraste fort entre les lettres et le fond. Un fond uni donne de meilleurs résultats qu’une photo complexe.
- Les caractères ne doivent pas se chevaucher. Si c’est le cas, recadrer lettre par lettre.
- Seul le texte en alphabet latin est pris en charge par la plupart de ces outils. Le japonais et les autres langues CJK ne sont pas supportés par WhatTheFont.
- Les formats acceptés se limitent généralement au PNG et au JPG, avec un poids maximal de quelques mégaoctets.
Même avec une image parfaitement préparée, aucun outil ne garantit une identification formelle. Les propositions restent des approximations visuelles. Un graphiste expérimenté reconnaîtra souvent plus vite une Garamond qu’un algorithme, parce qu’il sait quels détails observer.

Fichiers PDF et métadonnées : une piste souvent négligée
Avant de lancer une recherche visuelle, il vaut la peine d’inspecter les métadonnées du fichier. Dans un PDF, les polices embarquées sont parfois listées dans les propriétés du document, même si le texte apparaît visuellement converti en tracés.
Certains flux de production vectorisent l’affichage mais conservent les références de fonte dans les calques ou les ressources internes du fichier. Ouvrir le PDF dans Acrobat et consulter l’onglet Polices des propriétés du document peut révéler le nom de la typographie originale en quelques secondes.
Cette méthode ne fonctionne que si la conversion n’a pas été totale, c’est-à-dire si le fichier a été exporté avec un aplatissement partiel ou si certains calques texte ont été conservés. Dans un fichier entièrement aplati, aucune métadonnée typographique ne subsiste.
Cas où la police reste introuvable
Certaines typographies vectorisées ne seront jamais identifiées avec certitude. C’est le cas des polices dessinées sur mesure pour un projet (custom type), des caractères modifiés manuellement après vectorisation, ou des fontes anciennes retirées de la distribution.
Dans ces situations, la démarche réaliste consiste à chercher la police la plus proche visuellement plutôt que la police exacte. Les outils de reconnaissance fournissent alors une base de travail : on compare les propositions glyph par glyph, on ajuste les chasses et les graisses, et on accepte qu’un écart subsiste.
Retrouver une typographie vectorisée reste un exercice d’approximation, pas de certitude. La vectorisation a été conçue pour figer un rendu visuel, pas pour préserver l’identité d’une fonte. Garder une version éditable du texte dans ses fichiers de travail, avant toute conversion en tracés, reste la seule garantie de ne jamais perdre cette information.

